Journée de grève du jeudi 10 février 2022

Comme vous en avez certainement déjà entendu parler, ce jeudi  10 février, un rassemblement est prévu, à 11 heures, devant le siège de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Place Surlet de Chokier

Ce rassemblement fait suite à la manifestation du 21 décembre dernier, qui rassemblait, au même endroit, de nombreuses directions d’établissements du fondamental pour exprimer leur surmenage en raison des multiples directives sanitaires.

Délégation montoise des directions

En effet, la crise sanitaire touche de plein fouet le secteur de l’enseignement. C’est pourquoi les syndicats enseignants ont décidé, en front commun, d’organiser une manifestation pour permettre au monde enseignant d’exprimer son « ras-le-bol généralisé ».

Le droit de grève est un droit fondamental en démocratie, comme l’est le droit au travail. Nous nous devons de respecter les avis et décisions de chacun à ce sujet.

Notre Pouvoir organisateur et ses représentants doivent, en ces circonstances, exécuter les obligations qui leur incombent en qualité d’employeur et d’organisateur d’enseignement, à savoir :

  • Respecter le droit à la grève de ceux qui entendent mener une telle action et faire en sorte que ceux qui souhaitent travailler puissent exercer leur mission ;
  • Prendre les dispositions pour maintenir l’école ouverte et assurer la sécurité et l’encadrement des élèves pendant les heures habituelles de cours ;
  • Notifier les absences à des membres du personnel à l’administration, conformément aux dispositions en vigueur.

Au sein de nos établissements, même si les difficultés liées au contexte sanitaire actuel, la bienveillance et la conscience professionnelle de nos équipes avaient tendance à freiner le mouvement, celui-ci a finalement pris de l’ampleur.

Espérant que cette mobilisation puisse être à la hauteur des enjeux visés, plusieurs enseignants s’étaient manifestés pour signifier leur intention de participer au mouvement de grève et à la manifestation annoncés.

Une forte mobilisation est prévue et de nombreux professeurs manquent à l’appel puisqu’ils sont partis sur Bruxelles. 

Les cours ne sont donc pas assurés aujourd’hui mais une garderie a cependant été organisée, conformément à la législation, pour accueillir les enfants des parents qui n’avaient pas d’autres solutions.

Celle-ci est encadrée par les enseignants présents et par notre équipe de surveillants.

Affiche-greve-10-fevrier-2022-A3-1

POURQUOI UNE TELLE ACTION ?

Voici un courrier de Monsieur Roland Lahaye – Secrétaire général de la CSC ENSEIGNEMENT

L’enseignement est essentiel. Vraiment ?

Ça fait maintenant plus de deux ans qu’à chaque occasion et notamment à l’issue des comités de concertation (CODECO) relatifs à l’évolution de la crise sanitaire, les personnalités politiques, tous partis confondus, nous répètent avec insistance que l’enseignement est un secteur essentiel.

Nous n’avons pas attendu la crise sanitaire pour le savoir.

Non seulement ce secteur est essentiel mais c’est un secteur dans lequel il faut investir car c’est une richesse pour la société. Il est évident que des budgets ont été dégagés pour faire face aux impacts de la Covid19 dans les établissements scolaires. Pour être totalement transparents et pour « rendre à César ce qui appartient à César », ce sont pas moins de 150 millions qui ont été injectés dans l’enseignement obligatoire, un peu plus de 9 millions dans l’enseignement supérieur et 5 millions dans l’enseignement de promotion sociale. Tout cela s’inscrivant dans un contexte budgétaire déficitaire pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Montant de l’ardoise : un milliard d’euros.

N’omettons pas le financement des différents chantiers du Pacte pour un enseignement d’excellence dont le montant atteindra 278.000.000 en 2022.

C’est dans ce contexte que se tiennent les négociations relatives au futur accord sectoriel. Déjà loin d’être évident en « temps normal », l’exercice devient périlleux en temps de crise. Rappelons que le Décret impose au Gouvernement de procéder à ces négociations avec les partenaires sociaux (employeurs et organisations syndicales) tous les deux ans. Pour la première fois, le Gouvernement propose de conclure un accord portant sur quatre années. La mesure exceptionnelle tient non seulement du contexte décrit plus haut mais également de la difficulté de mettre les différentes mesures en place dans un délai de deux ans.

Au-delà du délai, le Gouvernement dégage une enveloppe budgétaire d’un montant de 32 millions  d’euros à l’horizon 2024.

Parmi les mesures coûtantes, le Gouvernement propose d’augmenter la partie fixe de la prime de fin d’année sur les années 2022, 2023 et 2024, la mise en place d’une étude visant à objectiver le temps de travail des personnels de l’enseignement, le soutien aux directions du fondamental ainsi qu’une prime forfaitaire « numérique » pour les directeurs des établissements de promotion sociale et les membres du personnel de l’enseignement supérieur. La partie qualitative (mesures non coûtantes) devant encore faire l’objet d’une présentation.

C’est dire si nous sommes loin des revendications du cahier déposé par le front commun et qui était axé sur la lutte contre la pénurie.

A cela s’ajoute le ras-le-bol généralisé des personnels de l’enseignement qui sont constamment sous pression : les conditions de travail de plus en plus compliquées et exacerbées par la crise sanitaire se dégradent, les propos méprisants de certains politiques à l’égard des personnels choquent, les réformes à la hussarde – sans qu’on en perçoive la cohérence systémique – perturbent, …. L’adhésion indispensable est compromise !!! Il est temps de réagir si l’on veut rendre son caractère essentiel à l’école.

Les politiques ont assez parlé, ils doivent maintenant joindre les actes à la parole.

Le front commun syndical de l’enseignement élargi aux personnels administratif, ouvrier et universitaire passe à l’action. Le jeudi 10 février prochain sera une journée de grève dans l’enseignement. Nous organisons une concentration devant le siège du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’affiche est jointe. Elle peut se décliner sous forme de tract. Des arrêts de travail de sensibilisation sont programmés dans les écoles dès le début du mois de février.

C’est l’occasion ou jamais de manifester votre mécontentement.

 

Pourquoi une telle action ? 

Tous les personnels de l’enseignement, toutes fonctions confondues, ont fait jusqu’à présent beaucoup d’efforts. Malgré cela, ils n’ont obtenu aucune  véritable reconnaissance ni aucune revalorisation de leur métier.

D’ autant plus durant ces deux dernières années, en pleine crise Covid, où chacun a fait preuve d’une adaptabilité exemplaire face aux difficultés du terrain (hybridation, port du masque, coût d’achat de celui-ci, difficulté d’aération des locaux, quarantaine, abondance des circulaires sur la gestion du covid à appliquer de manière immédiate, absences des élèves, relations parfois difficiles avec les parents, désinfection des locaux, matériel inadapté pour le personnel ouvrier, possibilité de télétravail pour le personnel administratif appliquée de manière hétérogène…).

La pénurie d’enseignants n’est plus à démontrer mais les considérations du politique ne poussent pas les jeunes à se tourner vers ce métier ou à y rester.

Quelques points d’attention

  • Propositions d’accords sectoriels mous, voire inconsistants.
  • Aucune proposition concrète à l’heure actuelle en réponse au cahier de revendications remis en avril dernier.
  • Aucun planning concernant les nombreux points des accords passés obtenus et non réalisés jusqu’ici.
  • Volonté d’étendre la période des négociations sectorielles de 2 à 4 ans sous prétexte des conditions actuelles difficiles (Covid).Il s’agit, ni plus, ni moins, d’une rupture dans le cycle de négociations bisannuelles et d’une infraction à la législation (décret du 19/05/2004). Il est à noter que l’essentiel de cette enveloppe devrait être consacré à l’augmentation de la partie fixe de la prime de fin d’année. Ces 32 millions ne constituent donc pas un cadeau mais un rattrapage par rapport à des mesures d’économie antérieures.

Conditions de travail dégradées

  • Environnement de travail laissant à désirer : l’état des bâtiments scolaires est plus qu’inquiétant. Certes, un budget a été dégagé mais les réparations tardent à venir. Les pannes de chauffage sont légion en plein hiver, des fenêtres cassées, d’autres condamnées ainsi que des locaux mal isolés sont le quotidien des membres du personnel.
  • Hybridation chaotique : Les mesures de soutien (notamment formations) pour assurer l’enseignement à distance (hybridation) sont quasiment inexistantes. De surcroît, les nouvelles pratiques amenées par le numérique laissent peu de droit à la déconnexion en ne respectant plus la frontière vie privée – vie professionnelle et ajoutent une surcharge de travail.IL est nécessaire d’établir un cadre commun contraignant en matière de droit à la déconnexion et l’intégrer dans chacun des statuts. 
  • Utilisation de son matériel numérique privé malgré tous les risques que cela comporte. Il est nécessaire de mettre à disposition de tous les personnels un matériel répondant à leurs besoins.
  • Le décret taille des classes a été une avancée mais la réduction doit se poursuivre et les multiples dérogations doivent cesser. C’est une priorité pour les membres du personnel et un facteur influant non seulement sur les conditions de travail des enseignants mais aussi sur les conditions d’apprentissage des élèves. 

Membres des personnels méprisés

Le personnel des établissements scolaires a été placé en situation dangereuse pendant la pandémie de façon à laisser tourner le monde économique.

Malgré cela, dans le journal « l’Echo », le ministre-président Jeholet a réitéré des propos manquant totalement de considération envers ces membres du personnel en faisant des comparaisons entre secteurs privé et public.

Exemple : « … tout le monde a du mal, il y a des indépendants qui crèvent avec la crise, il y a des salariés qui n’ont plus que 65 % de leur salaire. Alors, je suis désolé, si on n’accepte pas cela, il ne faudra pas pleurer toutes les larmes de son corps en disant que la situation de la FWB est intenable… »

« Revaloriser les enseignants dans le cadre de leur formation initiale, c’est impayable. Je n’y suis pas opposé, mais il faudra alors discuter d’autres choses. […] Osons des discussions sur les normes d’encadrement, voyons si on est prêts à travailler une heure de plus par semaine ».

Ou encore en remettant en cause les DPPR qui permettent d’alléger la fin de carrière des plus anciens :
« Les DPPR, aussi, ça coûte un fric bête, lâche le ministre-président. On a déjà, avec l’indexation des salaires et les malades qu’il faut remplacer, 250 millions de plus à comptabiliser pour la masse salariale comparé à l’exercice budgétaire initial. On ne va pas pouvoir faire autrement que d’en discuter, ce ne sont pas des déclarations de guerre que je fais là, ce sont des déclarations d’un ministre responsable. »

Et de joindre les menaces au mépris: « … le risque sera que les Régions reprennent l’enseignement en leur sein. À leurs conditions. Et là, il n’y aura pas d’états d’âme, croyez-moi. »

Surcharge de travail

  • Surcharge administrative : nous assistons à une augmentation exponentielle des démarches « administratives » (gestion et élaboration des plans de pilotage, futur DAccE RFIE, Décret paysage…) et diminution importante envisagée des « jours blancs » permettant de réaliser certaines de ces tâches.
  • Taille-classe trop importante : cela fait des années que les conditions de travail des enseignants souffrent d’une taille trop importante des classes les empêchant de soutenir comme il se doit les élèves en difficulté. Bien que ceci soit incessamment dénoncé par les syndicats, les différentes réformes n’en prennent aucunement compte.
  • Nettoyage et désinfection : La crise du Covid a augmenté considérable la charge de travail du personnel ouvrier, sans remplacement possible des collègues contaminés fautes de moyens financiers.
  • Tracing réalisé par les agents des PSE et CPMS WBE : le personnel des CPMS et PSE a également été poussé aux extrêmes afin d’effectuer le tracing et les dossiers Covid dans les établissements (travail le soir, les week-ends et même pendant leurs congés sans récupération).
  • Personnels des internats délaissés et dévalorisés : les éducateurs et administrateurs d’internat ont dû faire face aux difficultés dues au Covid sans encadrement supplémentaire et sans aucune valorisation de leur travail.

Grandes ambitions sous-financées et réformes déséquilibrées

Étant donné l’état des  finances de la FWB, les moyens alloués aux différentes réformes qui sont initiées depuis l’instauration du Pacte pour un enseignement d’Excellence ne suffisent pas à couvrir une mise en œuvre efficiente.

Espacer les réformes eût été plus judicieux en termes d’appréhension, de surcharge de travail mais aussi en termes budgétaires.

Rappelons quelques réformes :

  • Organisation du travail et plans de pilotage : cette réforme passe à côté de ses ambitions car dans l’équipe éducative ne se reconnaît pas dans le plan. On peut constater le manque de liberté pédagogique et de liberté pour organiser son travail collaboratif. 
  • Réforme de la CPU : suppression des moyens spécifiques destinés à la remédiation immédiate alors que l’apprentissage découpé en UAA perdurera ainsi que l’étalement en 4-5-6 des options.
  • Réforme de l’enseignement qualifiant : fermetures imposées d’options considérées comme sous-fréquentées. Pertes d’emploi et fragilisation de certains établissements qualifiants dans des zones urbaines et particulièrement à Bruxelles. 
  • Réforme des rythmes scolaires : Est-ce si impératif de la faire débuter à la rentrée prochaine ?
  • Charge des enseignants : augmentation exponentielle des démarches « administratives » (gestion et élaboration des plans de pilotage, gestion et mise en œuvre de l’outil du futur DAccE mais aussi l’accès à ses formations…) et diminution importante envisagée des « jours blancs » permettant de réaliser certaines de ces tâches.
  • Évaluation systématique des enseignants à venir : les premières étapes du système envisagé susceptibles d’être effectuées par des collègues enseignants laisse présager l’instauration d’un climat encore plus malsain dans certaines écoles. Il s’agit d’un moyen de pression supplémentaire aigu sur les membres du personnel. 
  • Pôles territoriaux : auront pour conséquence la suppression de certains emplois et la diminution des périodes d’accompagnement pour les élèves en intégration. 
  • Accompagnement personnalisé dans l’enseignement fondamental : aura un impact négatif sur la taille des classes et une augmentation de la charge de travail.
  • Réforme des CPMS qui tend à minimiser le soutien psychosocial au bénéfice des élèves et présente un risque de suppression de certains emplois.